Dirigée par un ex-opérateur touristique originaire d’Iferouane, Aghaly ag Alambo, que « ce désert inutile ne nourrit plus », le mouvement se veut fédérateur de tous les mécontents du régime de Niamey. Parti de la région montagneuse de l’Aïr, comprenant Agadez et Arlit, l’une des plus déshéritée du Niger, pays comptant parmi les plus pauvres de la planète. Le soulèvement gagne du terrain au fil des succès militaires et diplomatiques des insurgés.
Néanmoins, ce conflit entre le MNJ et les forces régulières nigériennes FAN, n’est que partie remise de la rébellion du début des années quatre vingt-dix. Des accords de paix ont été déjà signé en 1995 entre le gouvernement de Niamey et les rebelles, mettant à l’époque fin à cinq années d’affrontements sanglants. Les accords pour une meilleure répartition des revenus de la production minière entre le gouvernement et la région, et la consécration d’une importante partie de ces revenus à la réalisation de projets de développement de la région, ne sont pas respecté par le gouvernement de Seini Omar selon les rebelles. Le vote en 2006 à l’assemblée nationale nigérienne d’une loi accordant 15 % des bénéfices de sociétés minières aux collectivités des territoires d’où le précieux minerai est extrait, ne semble pas dissuader les Touaregs d’emprunter le chemin des armes.

L’attaque du MNJ contre leur poste de Tizirzet (435 Km au nord d’Agadez), le 22 juin dernier, qui s’était soldée par la mort d’une quinzaine de soldats et celle d’un site d’exploration minière à Arlit sont les faits d’armes les plus médiatisés du mouvement.
Parmi les revendications des rebelles figure l’embauche par les sociétés d’explorations minières de 90% du personnel parmi les autochtones. Ainsi que la consécration de 50% des bénéfices à des projets de développement de la région. Revendications qualifiées d’égoïstes par les satellites de l’Etat au sein de la société civile. Pour une population qui subit la pollution atomique jusque sur ces trottoirs l’égoïsme n’est-il pas ailleurs ?
L’histoire du peuple Touareg est parsemée de tragédie, depuis que la France coloniale ait mis le pouvoir des deux pays subsahariens le Mali et le Niger entre les mains d’ethnies minoritaires. En 1963 une première révolte est réprimée dans le sang par le gouvernement malien. Dix ans après, la sécheresse décima les cheptels, sous le regard impassible des gouvernements, les privant ainsi de leur principale rente. Les années quatre vingt la dictature de Seyni Kountché était particulièrement virulente contre les dirigeants Touareg. Le massacre entre mai et juin 1990 de Tchin-Tabaraden d’un millier de civils Touaregs a sonné le glas de la relative paix dans la région.
L’Uranium de la discorde.
Le Niger est le troisième exportateur d’uranium au monde, activité monopolisée depuis quarante ans par le géant mondial du nucléaire civil, français de nationalité, AREVA. Les zones uranifères se trouvent essentiellement dans les zones nord, sur les territoires Touareg. Les populations civiles de la région vivent comme une humiliation les discriminations à l’emploi, à l’éducation, à la santé et à une vie meilleure. Revendications que le MNJ reprend à son compte, rompant ainsi avec les sigles pompeusement creux des mouvements de rébellions africains effrontément démocratique , populaire, patriotique…etc. Simplement et résolument pour une justice sociale. Pour la construction des écoles, pour contribuer à l’alphabétisation des Touaregs, pour des centres de santé pour combattre la mortalité post-natale très élevée dans la région, pour une meilleure résorption du chômage des jeunes de la région.
L’envolée des prix de l’uranium sur le marché mondial, qui sont passés de moins de dix dollars la livre en 2002 à presque 140 dollars en 2007, attise les convoitises des dignitaires du régime. Avec 60 000 tonnes de combustibles nécessaires pour couvrir la demande annuelle, le marché est très prometteur. Chiffre appelé à augmenter vue la décrispation du rapport des opinions publiques et des gouvernements occidentaux vis-vis de l’énergie nucléaire.
L’entrée en course du concurrents chinois a mis en confiance le pouvoir de Niamey qui déclare à qui veut l’entendre que la tutelle française sur la région n’est plus qu’un vieux souvenir. L’illustration de cette nouvelle politique amorcée par le gouvernement du moment, est l’expulsion, en juin dernier, de Gérard Denamur, expert en sécurité travaillant pour Areva à Imouraren, accusé d’être entrer en contact avec les dirigeants de la rébellion. Suivie fin juillet par celle du patron régional de la multinationale française Dominique Pin, directeur général local du groupe. Fort du soutien chinois, le président Mamadou Tandja ne s’encombre plus de ses amitiés françaises. L’Empire du milieu est en passe de devenir le partenaire idéal des dictatures africaines, comme c’est la cas dans le Darfour. Sur son chemin d’expansion économique, le géant chinois fait fi de toute exigence démocratique ou écologique de ces nouveaux partenaires africains. Comment serait il autrement de la part d’un régime qui, en plus de sa camelote exporte aussi sa dictature tyrannique et ses armes ?
Situation à laquelle, les rebelles ont répondu par le kidnapping de Zhang Guohua, dirigeant de la China Nuclear Engineering and Construction Corporation (CNEC). Cet acte visant les intérêts de Pékin, a valeur d’avertissement.
Quant à la presse, elle subit de plein fouet les conséquences de ce conflit. Accusée par le conseil supérieur pour la communication CSC, équivalent d’un comité de censure, de faire « l’apologie du crime et de saper le moral des troupes ». Ainsi toutes les versions qui présentent les insurgés autrement que « des bandits et des trafiquants de drogues qui sèment l’insécurité dans le nord du pays » selon le président Tandja, sont montrés du doigts. C’est pour les mêmes griefs que le bi-mensuel Aïr-Info est interdit de parution.
Stand up for your rights, les discriminations que subissent les Touaregs n’ont qu’assez duré, si la dignité passe par les armes avant d atterrir sur la table des négociations de toutes les façons « si chwal id tak talwit ».
Zahir Boukhelifa
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