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Retour gagnant du maestro : Chérif Kheddam

lundi 24 octobre 2005

Chérif Kheddam Le retour gagnant du maestro

Chérif Kheddam, Da Chérif pour les intimes, traverse les modes avec une insolente santé. Son oeuvre est intemporelle. Et l’auteur refuse tout narcissisme.

Portrait d’un artiste passionné et passionnant

L’homme a des yeux rieurs et complices. C’est un homme d’une grande simplicité qui vient nous ouvrir la porte de son immeuble, pas loin de Paris. On est loin du tape-à-l’œil des stars capricieuses. Chérif Kheddam est un maestro, pas une vedette éphémère. Tout respire en lui un savoir-faire solide, qui se moque des modes et de l’air du temps. A 78 ans en janvier prochain, malgré quelques petits tracas de santé, Da Chérif n’a rien d’un grabataire. Au contraire. Son verbe est sûr, posé, pertinent. Il impressionne par son détachement et sa modestie. Da Chérif doute, comme seule la sagesse l’impose. Il a toujours vécu loin du milieu artistique. « Toute ma vie, j’ai vécu hors du monde artistique. Je ne peux pas vivre dans ce milieu où des gens sans grand talent se considèrent toujours en haut de l’affiche. Il faut replacer les choses dans leur contexte. Nous, artistes kabyles, devons avoir le succès modeste. Nous chantons pour un peuple peu nombreux. » Si on lui rappelle que sa musique a dépassé depuis longtemps les frontières de la Kabylie et même de l’Afrique du Nord, ses morceaux sont joués en Turquie par exemple, il balaie ça très vite. « L’universel commence chez soi. Nous ne devons pas oublier que nous sommes un petit peuple. La modestie doit être notre fil conducteur. » Et le génie est dans la simplicité. « Je n’aime pas la flatterie », tranche-t-il.

A lemri, le miroir Sur les murs de son salon, des tableaux. Et une nouvelle acquisition. Un peintre vient de lui offrir un tableau inspiré de sa chanson mythique A lemri, le miroir. On y voit une fille devant son miroir en arrière-fond en train de se peigner les cheveux. Da Chérif gratte le luth. Quel est le sens de Lemri ? Cette chanson a traversé le temps avec une insolente jeunesse. Intemporelle. « Je ne veux pas donner des clés pour cette chanson. A chacun de lui donner sa propre signification. Par contre, je reconnais qu’elle est mystérieuse », explique-t-il d’un air espiègle. Un succès qui ne s’est jamais démenti. « Cette chanson est symbolique. Elle a une forte charge émotionnelle. Elle a plusieurs niveaux de lecture. » La chanson a été enregistrée en 1963 par l’orchestre symphonique de Paris, une première à l’époque. L’ancien OS, ouvrier spécialisé, presque analphabète, a vu son œuvre jouée par de nombreux orchestres symphoniques. « En ce moment, Nachid Bradaï est en train de faire des répétitions à Alger et de jouer mes partitions. Je l’ai connu il y a très longtemps. Il était soliste à l’orchestre symphonique national. Il y a des gens très capables en Algérie. » Et il sait de quoi il parle. Il a travaillé à la Radio télévision algérienne (RTA) pendant 24 ans.

Le passeur de savoir

A l’indépendance, la chaîne de radio en langue kabyle manque cruellement de production. La Chaîne I et III pouvaient s’appuyer sur des productions étrangères, orientales pour la première et occidentales pour l’autre. « Nous, nous n’avions rien. On devait sauver notre patrimoine, trouver un moyen pour que la chaîne ne disparaisse pas. L’idée était donc d’enrichir la discothèque et de découvrir de jeunes talents pour remplacer notre génération. » Da Chérif se découvre de nouvelles fonctions, vocations. On ne mesurera jamais assez le travail titanesque abattu par celui qui a sauvé la discographie berbère avant de la propulser vers la modernité. A partir de 1964, il sera documentaliste, archiviste, discothécaire et - surtout - dénicheur de talents. Grâce à son émission « Les chanteurs de demain », la chanson kabyle prend un nouvel envol. La chanson post indépendance doit énormément au travail de fourmi du génie qui a délaissé sa création pour se consacrer à celles des autres. De 1964 à 1975, il a composé des albums pour de nombreux nouveaux artistes qu’il a découverts et contribué à faire connaître.

Star Academy

La plupart des auteurs-interprètes sont passés entre ses mains dans « Les chanteurs de demain », ou alors complètement formés par ses soins. Da Chérif dispensait des cours gratuitement trois fois par semaine dans une salle des Pères Blancs, rue Horace Vernet à Alger. Aït Menguellet, Nouara, Idir, Ferhat, Malika Doumrane, Karima, Zahra... étaient ses élèves avant de s’envoler de leurs propres ailes avec des succès différents. Ils se réclament tous être ses enfants. En père spirituel, il ne renie personne ni ne cite le nom d’un enfant préféré. Il sourit et élude la question. Pourtant, on sent que Nouara, avec sa voix cristalline, reste l’élue. Sa muse. Pygmalion a fait son deuil public. Pas sûr. « Quand les jeunes arrivaient à la radio, je les écoutais avec beaucoup d’attention, puis je donnais mon avis. Je ne suis ni un juge et encore moins Dieu. Il m’est arrivé de refroidir l’enthousiaste de pas mal de personnes, car je pensais qu’ils n’étaient pas fait pour ce métier. Et avant que vous ne posiez la question, oui, il m’est sûrement arrivé de me tromper. » Toujours aussi respectueux des autres, il refusera durant tout l’entretien de citer un nom. « Ce n’est pas important. » Pour les 50 ans de sa carrière, ses « enfants » ont décidé de se rendre à Alger pour son concert à la coupole. Qui sera là ? Le téléphone sonne. Il n’arrêtera pas de sonner durant tout l’après-midi. Comme si elle avait entendu la question, Karima l’appelle pour lui confirmer sa présence. Lounis Aït Menguellet, celui qui revendique le plus cette paternité depuis des années, aurait déjà pris sa réservation. « Il y aura du monde en effet. Des retrouvailles et de nouvelles connaissances. Je ne peux pas dire qui sera là précisément. Des amis, des anciens... » Son regard pétille d’intelligence. Il s’impatiente. « Une grande surprise », finit-il par lâcher. On devine, on tâte, on questionne... « Je n’en dirai pas plus. » « Da Chérif, confirmez-nous la présence de Nouara. » Silence complice.

La loi de la relativité

Retour à sa carrière. Sa traversée du désert au niveau créatif prend fin en 1975. Elle aura duré 15 ans. Quinze années à former les autres, à chercher et à trouver le talent chez les autres. « Je dois mon retour à Tahar Boudjelli. C’est grâce à lui que j’ai repris le chemin de la création. Je croyais ma carrière finie. Il a su me convaincre. Le public était toujours là, mais j’étais trop investi à composer pour les autres et à alimenter la discothèque kabyle pour penser à ma carrière. » Retour gagnant après une longue période de dispersion. « Chérif Kheddam n’a jamais joué à la vedette, ni cherché la célébrité, ni été attiré par les médias. Le milieu artistique même lui est peu familier, il ne s’y aventure que lorsqu’il a besoin de musiciens. Durant son séjour en France, il a plus vécu en milieu ouvrier que parmi la nouvelle chanson kabyle, il a toujours refusé de s’en instaurer parrain, maître ou cacique. S’il est un indéniable précurseur, il demeure un chanteur en évolution et en devenir. C’est pourquoi, nous pensons que l’actuel effacement ne saurait être une retraite, mais plutôt un simple repli pour prendre un nouvel élan. Celui qui a été l’enfant remuant de la chanson kabyle ne saurait se retirer sur la pointe des pieds », écrit, si justement, Tahar Djaout en 1993. L’avenir lui a donné raison. L’année 2005 le verra se produire à la coupole à Alger et au Zénith à Paris. C’est aussi un millésime réussi pour son nouvel album. D’abord peu disert sur son œuvre, il finira par nous faire découvrir deux titres nouveaux : L’ghorva thajdhit (le nouvel exil) et (ce sera le titre phare de l’album) Rouh yazman (ainsi va la vie, traduction approximative). « C’est ma vie. Cet album reflète ma vie. Il parle de la vieillesse, des maux de la société et de l’exil forcé. Et, ironie du destin, moi qui ai quitté la France en 1963, je m’y suis exilé à nouveau à cause de mes problèmes de santé. Concernant la musique, on me reconnaît dès les premières notes. Il y a différentes rythmiques mais je suis resté fidèle à mon style. » Da Chérif a découvert les quarts de temps en 1958. La touche personnelle du compositeur, qui allie le classique occidental et les influences orientales, notamment Abdelwahab, comme un ADN. Son empreinte musicale est définitivement originale. Intemporelle, suave, académique et rebelle. Riche. Atypique. « Da Chérif a de l’avance sur son temps. Il a été le premier à utiliser des tempos latinos dans les années 1960. Aujourd’hui, ça revient à la mode. Sa chanson Sbah lkir (bonjour) écrite en 1959 avait une avance de 40 ans. Il était temps que l’Algérie reconnaisse son talent, ce que la musique algérienne lui doit. Da Chérif est aujourd’hui un géant de la musique contemporaine du Maghreb. Il a créé un style musical qui associe le traditionnel, le classique et le moderne. A Lemri est une œuvre intemporelle, elle tient de la mythologie grecque et du mysticisme », explique son ami et producteur Tahar Boudjelli.

« Je suis Méditerranéen et Ma musique est méditerranéenne » « Je suis Méditerranéen et ma musique est méditerranéenne, turque, grecque, italienne, algérienne... Je pars de ma spécificité pour toucher l’universel. Seule l’authenticité peut donner tout son sens à une œuvre, musicale ou autre », diagnostique le compositeur. L’ancien élève de la zaouïa de Boudjelil (Petite Kabylie), désertée dès l’âge de 14 ans pour aller travailler, s’est battu toute sa vie : contre son propre camp, les artistes kabyles qui se satisfaisaient de chansonnettes avant son arrivée, de la société qui voyait débarquer un artiste révolutionnaire et qui plaçait la barre très haut, alors qu’elle n’était pas préparée à une musique si élaborée, puis contre le colonialisme et enfin le parti unique. Ses compositions étaient scrutées à la loupe par les services de censure, aussi bien par la France d’avant l’indépendance que par l’Algérie indépendante. Les colons y cherchaient une incitation au nationalisme et le parti unique une expression « séparatiste ». Le maestro s’est moqué des deux censures, en utilisant les métaphores puis, après l’indépendance, en évitant de faire du militantisme tapageur. Avant-gardiste dans la discrétion. En 1961, il a, dans un rare plaidoyer pour l’émancipation de la femme, chose insensée à l’époque, composé Lehjab etharit (Pourquoi voiler la femme libre ?). Et c’est le fruit de son travail qui est aujourd’hui récolté par tous les autres artistes. Grands et petits. Consciemment ou non.

Biographie en 7 dates

- 1927 : Naissance à Taddert Boumessaoud (Aïn El Hammam, ex-Michelet)
- 1948 : Exil en France jusqu’en 1963. Il y compose ses premières chansons et apprend le solfège.
- 1963 : Composition d’A Lemri, sa chanson phare, enregistrée à l’ORTF. Et date de son retour en Algérie.
- 1964-1975 : Animateur, producteur de l’émission « Les chanteurs de demain ». Il déniche de nombreux talents tels Idir, Aït Menguellet, Ferhat, Nouara, Karima...
- 1975 : Retour à la composition et au chant
- 1995 : Retour en France
- 2005 : Il fête ses 50 ans de carrière et sort deux CD et un DVD. A 78 ans, il s’attaque à la Coupole et au Zénith.

Rémi Yacine

Source : El Watan


Sa Conférence de presse à l’ENTV Cheikh prodige

A une semaine de la tenue de son concert à la coupole Mohamed Boudiaf, le chanteur kabyle, Chérif Kheddam - venu spécialement de France - a animé, dans la soirée de samedi, une conférence de presse au siège de l’ENTV.

C’est un Chérif Kheddam qui n’a rien perdu de son humour ni de sa verve que les journalistes ont eu à rencontrer, avec cependant une heure de retard. Après que le directeur général de la télévision, Hamraoui Habib Chawki ait brossé les mérites du talentueux chanteur, l’administrateur se retire pour laisser place à l’artiste. D’emblée, Chérif Kheddam avertit l’assistance qu’il s’exprimera en kabyle, faute de ne pouvoir maîtriser ni la langue de Molière ni celle d’El Moutanabi. Déception partielle dans la salle pour les profanes de la langue kabyle. Ainsi, à l’occasion de la célébration du 51e anniversaire du déclenchement de la Révolution nationale coïncidant avec les cinquante ans de carrière de l’artiste, un concert sera donné le 31 octobre prochain à la coupole Mohamed Boudiaf.

Concernant sa participation à ce concert, qui est une forme de retour aux sources, Chérif Kheddam tient à préciser que sa présence sera symbolique sur scène et qu’il interprétera une ou deux chansons. La plus grande partie du programme sera confiée à l’orchestre symphonique d’Alger. Une partie de ses musiciens, qui arriveront aujourd’hui de Paris, viendra se greffer aux prestigieux musiciens de l’orchestre. Ayant la musique au cœur et dans l’esprit, Chérif Kheddam fait un flash-back en rappelant que son dernier gala remonte à 1993 à la salle Atlas. « Il est vrai que je suis parti en France en 1996 pour des soins, et que depuis je ne suis plus revenu, mais je n’ai jamais quitté mon pays », dit-il. A la question de savoir quel est son avis sur l’avenir de la musique kabyle face au déferlement entre autres du raï, le chanteur estime que tout est à refaire : « Je dis aux jeunes de se mettre immédiatement au travail, en apprenant correctement leurs partitions. Il faut qu’ils empruntent le chemin du conservatoire », lance-t-il sur un ton grave. L’auteur de Yelis N’etmurthiw ( ô fille de mon pays), Nadia et Djurdjura confie qu’il a vécu des moments forts en émotion avec les regrettés Hasnaoui, Dahmane El Harrachi, Zerrouk.

Son émission « Les chanteurs de demain », diffusée sur les ondes de la Chaîne II, lui a permis d’éclore au parfum du jour de talentueux chanteurs, à l’image de Matoub Lounès, Malika Domrane ou encore Zahra. Par ailleurs, le gérant d’Anthinéa production annonce à l’assistance qu’un DVD - regroupant d’anciens et de nouveaux titres - sortira sur le marché le 31 octobre prochain. La devise de la maison est de faire sortir tous les deux mois des compilations de l’artiste, au grand bonheur de ses fans. Il est à noter que Chérif Kheddam est l’auteur et le compositeur du dernier produit de la chanteuse Karima. De même qu’il vient d’achever une composition récente. Reste à placer la voix et l’orchestration.

Nassima Chabani


Le virtuose de la musique kabyle en concert à Alger le 31 octobre

Retour du grand maestro Chérif Kheddam

Le Maestro Chérif Kheddam, animera un concert le 31 octobre prochain à la coupole sur invitation de l’ONCI. Se produire sur scène en Algérie, l’interprète de la célébrissime « Nadia », ne l’a pas fait depuis 1993. Le 3 juillet exactement.

Il est revenu ! Il est là ! Le compositeur de génie, le Beethoven de la musique kabyle : Chérif Kheddam. Après un « exil » artistique de plus de 10 ans, celui à qui la musique kabyle doit ses titres de noblesse, son accession à l’universalité, celui qui a tout donné à la musique algérienne en lui ouvrant grandes les portes de la modernité, de l’immortalité, fait son come-back dans son pays natal.

Il est revenu le temps d’un concert. Un concert qui promet d’être mémorable. Le Maestro Chérif Kheddam, animera un concert le 31 octobre prochain à la coupole sur invitation de l’ONCI. Se produire sur scène en Algérie, l’interprète de la célébrissime « Nadia », ne l’a pas fait depuis 1993. Le 3 juillet exactement. C’était à la salle Atlas à Bab El Oued. Un concert en guise d’ « adieu », à l’aube d’une époque de deuil, où l’art, le vrai nous a tourné le dos, en faisant de nous des orphelins inconsolables. Nous qui étions tant abreuvés de mielleuses, envoûtantes, magiques et combien suaves mélodies dont “Da Chrif”, seul avait le secret. Ce concert donc, est celui des retrouvailles. Il est revenu nous bercer, nous consoler et nous faire goûter aux joies simples d’une musique kabyle, à laquelle il a, à force de dur labeur et de persévérance, guidé par une exigence artistique quasi-obsessionnelle, insufflé une fraîcheur nouvelle, salvatrice. Il a réussi à l’arracher à son folklore fossile, à la transcrire, la rénover et lui donner une assise musicale plus rigoureuse, plus moderne et surtout plus ouverte à l’universalité. « En agissant de la sorte, je ne cherche rien d’autre qu’à porter le plus loin possible la musique algérienne, et de la faire partager par le plus grand nombre d’adeptes possible », a-t-il un jour avoué.

Ce retour, marquera aussi la célébration d’un demi-siècle d’une carrière. 50 ans de “donation” prolifique et de travail incessant, qui sont aujourd’hui un apport inestimable pour la culture algérienne. Lors de la conférence de presse, avant-hier soir au siége de l’ENTV, c’est un Chérif Kheddam débonnaire, alerte et toujours aussi souriant que nous avons retrouvé. Egal à lui-même, humble et généreux. Le poids des ans et de la maladie, ne semblent entamer en rien son légendaire enthousiasme, et sa disposition à écouter et à se mettre en quatre pour les autres. « J’ai beaucoup donné aux autres, même au détriment de ma personne », reconnaît-il. Et ce n’est pas Nouara, qui viendra le démentir. Chérif Kheddam est resté simple, accessible. La renommée, il semble ne pas s’en soucier.

Il s’excusera devant l’assistance de ne pouvoir s’exprimer qu’en kabyle. Comment va sa santé ? « Vous savez, avec la santé on ne peut faire que ce qu’on peut. Mais je vais bien », répond-il.

Justement c’est en quête de santé, et pour des soins que Chérif Kheddam, a quitté son pays natal pour regagner la France. « C’est ma santé qui m’a fait émigrer », rappelle-t-il. A quelque chose malheur est bon, serions nous tentés de dire. C’est aussi cette condition physique qui désormais dictera ses projets à venir. « Une tournée après ce concert ? Je le voudrais bien si ma santé me le permet ». Il y a quelques années déjà, l’artiste disait : « je continue à travailler, à réaliser toujours quelque chose, tant que je me sens apte à le faire ». On n’en attend pas moins de ce monstre sacré de la musique algérienne. Des musiciens de sa trempe, il y’y en a malheureusement pas à la pelle.

Depuis le mois de septembre, “Da Chrif” a effectué une tournée à travers les villages et les régions de Kabylie, histoire de se « ressourcer » et de humer l’air revigorant des montagnes. « J’ai fait un tour à radio Soummam à Béjaia, j’ai visité quelques villages », précisera-t-il. Avant d’avouer qu’il acheté de l’huile d’olive à Ath Sidi Brahem.

On l’invitera ensuite à se replonger dans ses souvenirs et à les partager avec l’assistance. Particulièrement, ceux datant de l’époque où il était directeur de la Chaîne II, et animateur de la célébrissime émission, « Ighnayen Ouzekka » (Les chanteurs de demain). Comment s’est faite la rencontre avec l’autre grande figure de la chanson kabyle, Lewnis Aït Menguellet, qui a fait ses premiers pas dans cette émission en 1969 ? « Je me souviens de la première fois où il était venu. Je me souviens comme aujourd’hui, de cette belle petite voix. Celle-ci a fait du chemin depuis. Beaucoup de chemin », se remémore l’artiste. Non sans souligner que Aït Menguellet a énormément apporté à la musique kabyle, « surtout sur le plan de la poésie ». D’autres grosses pointures sont également passés par l’émission : Idir, Ferhat Mehenni... « La plupart des gens que l’on a encouragés ont réussi à percer », dira-t-il encore.

Mais alors que pense-t-il de la jeune génération actuelle de chanteurs ? « Il y a de très belles voix aussi bien ici qu’en France. Mais elles manquent de travail », estime-t-il. Et de prodiguer ses précieux conseils, qui sont sûrement tombés dans de bonnes oreilles, celles entre autres de Ferhat, Idir et Aït Menguellet, à leurs débuts : « Il faut se mettre au travail. Allez au conservatoire. Apprenez la musique. Soyez à la hauteur des autres grands chanteurs. Et cessez de dire que celui là est favori et l’autre non ». Et de conclure par un « les meilleurs s’imposeront et les autres resteront derrière ».

« Mazal Lkhir ar zath » (le meilleur est à venir)

Apparemment et pour notre plus grand bonheur et celui des passionnés de belles mélodies, Chérif Kheddam, promet de nous réserver de belles surprises avec une pléiade de projets qui verront prochainement le jour. Serions-nous patients jusqu’au bout ? En réponse à notre question sur la quasi-indisponibilité de ses albums sur le marché algérien, “Da Chrif” fera part de la difficulté de faire éditer ses œuvres en Algérie. Une chose apparemment réglée : « nos amis nous aident à faire valoir notre musique ». Un nouveau producteur, “Antinea”, prendra en charge désormais l’édition et la distribution des œuvres de Kheddam en Algérie. Son représentant, Tahar Boudjeli, fera part des projets en gestation ou en attente de lancement. Ainsi, il est attendu la sortie d’un DVD et d’un CD audio du concert donné lors de la célébration des 40 ans de carrière de l’artiste, en 1996, au 31 octobre prochain, soit le jour même du concert. Il y a ensuite une série de compilation, dont la sortie est prévue sur une période de six mois, à raison d’une œuvre par deux mois.

Et la cerise sur le gâteau, mieux, la cuillérée d’huile d’olive sur le couscous, un nouvel album avec une dizaine de titres. « La musique orchestrale est enregistrée. Il ne reste plus qu’à apposer les voix de l’artiste et celles de la chorale », précisera le producteur. Il y a aussi un DVD retraçant la vie de l’artiste en préparation. Ce n’est pas tout. Le prochain album de Karima sortira dans deux mois. Et bien sûr c’est notre Chérif Kheddam national qui en a composé la musique. On est déjà curieux et impatient de voir ce que ça donne.

Le 31 octobre 2005, une date dans les annales de la musique algérienne

Le concert de Chérif Kheddam sera à coup sûr un événement. Bien sûr l’artiste lui-même suffit amplement à tenir cette promesse. Mais voilà que d’autres artistes algériens de renom, assure-t-il, seront avec lui sur scène.

Qui sont-il ? « Je ne voudrais pas divulguer leurs noms, pour éviter tout désagrément en cas de désistement ». Le mystère amplifie à coup sûr l’importance de l’événement. Pour l’orchestre, 9/10 des musiciens, dira “Da Chrif”, sont algériens. Ils seront dirigés par le chef d’orchestre connu et reconnu, Bachir Bradaï. Quels genres de musique seront au menu ? « Ce ne sera pas de la musique classique. Ce n’est pas un orchestre symphonique. Il y aura pas mal de styles. Je dirais que ce sera de la musique méditerranéenne », notera-t-il. Occasion de la célébration du 51éme anniversaire du déclenchement de la révolution algérienne oblige, deux titres ont été prévus, et pour mieux éclairer les présents, pour la plupart profanes en musique « Kheddamienne », le concerné soulignera qu’il a toujours fait une musique à large inspiration des divers et riches styles algériens : constantinois, oranais, sahraoui et autres. « J’ai beaucoup travaillé les mélodies et la voix, le texte un peu moins. Mais je voudrais souligner que jamais je n’ai écrit des textes qui peuvent susciter des reproches par leur contenu », tient-il à affirmer en direction peut être des ces chanteurs “new age” qui érigent l’insipidité verbale en porte-étendard. Quelle est la préférée des chansons de son vaste répertoire ? « Je les aimes toutes. On ne peut dire à un père quel est le préfèré de ses enfants », se contente-t-il de dire. Après le concert d’Alger, Chérif Kheddam se produira sur la scène parisienne, au Zénith, selon son producteur. Rendez-vous donc le 31 octobre à Alger. Un rendez-vous à ne pas manquer ...

Elias Ben

Un parcours légendaire pour un artiste hors pai Chérif Kheddam est de cette race d’artiste qui ont su sortir des chemins battus, pour aller s’aventurer dans les vastes contrées du génie et de la création humaine. Les territoires défrichés par ce virtuose sont insoupçonnables.

Il est le musicien qui a introduit le quart de note dans la musique kabyle. Rien que cela. Pourtant, le jeune Chérif était destiné à épouser une toute autre carrière. Celle de Muezzin, en remplacement de son père. Mais comme les voies du destin sont impénétrables, et les abysses de l’âme humaine insoupçonnés, il en fut autrement. C’est à l’age de 12 ans que Chérif Kheddam quitta sa Kabylie natale, pour travailler à Alger d’abord, puis en France pour se soigner. C’est à l’age de 21 ans qu’il succomba aux charmes envoûtants de la musique arabe, maghrébine et occidentale. « J’ai eu comme maitres Mohamed Bedri, Abderrahmane Aziz, Ahmed Ouahbi et bien sur Slimane Azem », se rappelle-t-il. Et c’est par passion pour cet art qu’il acquiert au début des années 50 un piano et un luth (celui là même qui l’accompagnera pendant plus de 40 ans). Il fera avec ses instruments ses premiers pas dans la musique en composant ses premières chansons. Toutefois, conscient qu’un vrai musicien passe inéluctablement par l’apprentissage et l’écriture de la musique, il prit donc la décision d’apprendre le solfège et la mélodie chez un grand professeur.

Il a par ailleurs acquis les bases fondamentales de la musique arabe auprès du célèbre compositeur Mohamed El Djamoussi. Et c’est grâce à l’enseignement de ce dernier que Chérif Kheddam, a introduit le quart de note dans la musique kabyle. Ainsi, ces nouvelles acquisitions musicales lui permirent de mieux construire, élaborer et enrichir ses mélodies et ses compositions. En 1955, il enregistre sa première chanson, « Yellis N tmurtiw » (fille de mon pays). Ce fut là le coup d’envoi d’une fabuleuse carrière artistique riche en expériences diverses, qui le propulsera au firmament de l’art. La suite appartient évidemment à la légende : un répertoire qui s’enrichit d’année en année, des collaborations fructueuses avec de grands artistes, sans oublier le rôle de conseiller et découvreur de futurs talents dans son émission à la Chaîne II. Ses compositions, véritables perles de mélodies et de finesses, sont dignes des plus grands noms de la musique classique. « Nadia », « Lukan Ig Kheddem Oumdhan », « Thulawin », « Lukan itsughal Themzi », « Lemri »... sont autant de melodies qui ont bercé notre existence... Chérif Kheddam est à la musique kabyle ce que Beethoven est à la musique classique : un virtuose et un immortel.

E. B

Source : La Dépêche de Kabylie

2 Messages de forum

  • > Retour gagnant du maestro : Chérif Kheddam 29 octobre 2005 15:45, par WINA

    Bine sûr, quand on parle des choses sérieuses y a presque pas de réponses à cet articles. Cependant, quand il s’agit des futilités (arabe, brebère, chameaux arabes, gangrène arabe....) on ne trouve des dizaines de réponses à cela.
    Je vous invite à parler de ce grand homme qui a universalisé la musiques kabyle.

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    • > Retour gagnant du maestro : Chérif Kheddam 21 décembre 2005 14:16, par amedyaz uzeka

      bonjour a tous, voila a ma grande surprise ( et ce n’est pas ettonant de la part des kabiles que j’iame au tant que je deteste ) pratiquement aucune répensse a cet article si important !!!
      c’est vrais lorce qu’il sagie de banalités des dizenes d’article s mais l’orce qu’il sagie de sujets telle que le fameux dda chrif niette.
      j’ai hante pour vous les bavards du forum de kabyle.com

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