Qui est Nadia At Mansur Ikni ? :
Père originaire de Tizi-Hibel, At Mahmoud, et mère originaire du Berry. Elle vit actuellement à Paris où elle exerce la profession de psychanalyste. Auteur et compositrice du très bel album chant soufis de Kabylie. Elle est aussi l’auteur de à la recherche de l’âme, interprétation d’un conte kabyle initiatique aux éditions Edisud. Son second ouvrage est consacré à interprétation psychologique du conte kabyle « Le Grain magique « (à paraître).
L’album de Nadia At Mansur Ikni est à écouter absolument ! Il installe un moment de tranquille méditation. L’oreille est interpelée par la résonnance des mots kabyles ou la justesse harmonique de la guitare de Malika Ouahes. Il y a plus que de la complicité entre les deux femmes, quelque chose de l’ordre d’une connivence…… spirituelle. La voix et la guitare sont deux expressions présentes et individuelles sur chaque morceau et pourtant unies, on le ressent, dans une même profonde vibration
Nadia At Mansur s’inspire du Ddkir et nous offre de belles mélodies sur tout l’album dont la tonalité est une passion qui diffuse. Elle est auteure et compositrice de huit titres sur les neuf que comporte l’album avec une contribution sur la chanson d’ouverture de Malika Ouahes. L’album paru en 2002 à été crée sur un coup de cœur. Il est disponible sur commande. Actuellement, Nadia At Mansur Ikni se consacre entièrement à son métier de psychanalyste et ne se produit plus sur scène.
Elle nous accorde cet entretien
KC : Nadia At Mansur Ikni je vous propose cette définition du soufisme qu’en pensez-vous ?« Le coté mystique de l’islam, la voie du cheminement intérieur de l’initiation qui permettent de retrouver une divinité dont on est l’imparfait reflet L’un des postulats c’est que l’âme se prolongeant dans l’autre monde Il faut la connaître pour aller à la rencontre de dieu »
N.A.M IKNI :Comment définir le goût du miel...
KC : Nadia At Mansur Ikni vous êtes psychanalyste, la corrélation entre votre métier et l’intérêt pour le soufisme : la recherche des profondeurs de l’âme ?
N.A.M IKNI : La corrélation est évidente. J’ai plus qu’un simple intérêt pour le soufisme, c’est pourquoi mon métier de psychanalyste n’en est pas dissocié. Je me rattache spirituellement à la psychologie analytique telle que la pratiquaient Marie-Louise von Franz et Carl Gustav Jung. Or, ces deux personnes vivaient une relation à l’âme et au Soi tout-à-fait comparable à celle vécue par les soufis. [Note : CG Jung, psychiatre suisse, fondateur de la psychologie analytique ou psychologie des profondeurs ; ML von Franz, son élève et sa collaboratrice
KC : Bien !, Comment êtes vous arrivé à la musique ?
N.A.M IKNI :J’ai bénéficié d’une formation musicale dans mon enfance (solfège, piano). J’ai pris quelques cours de chant. J’ai appris à gratter la guitare, seule, beaucoup plus tard. Mais cela n’a pas grand-chose à voir avec ce qui s’est produit ensuite. La créativité est un « daïmon », non une technique.
KC : Revenons au prétexte de l’album, en dehors de l’exercice musical, le soufisme représente il quelque chose de particulier pour vous comme un héritage familial ou encore un cheminement personnel ?
N.A.M IKNI :Le soufisme tient plus du parcours personnel.
KC : Quelle a été en particulier votre motivation pour faire cet album ? La raison du passage à l’acte ?
N.A.M IKNI : Là encore, je voudrais souligner l’autonomie du processus créatif. Je n’ai pas décidé de chanter, encore moins de me produire. Les chansons sont nées dans un contexte d’introversion prolongée. Elles m’ont prises par surprise. Les paroles d’abord, les mélodies ensuite (dans cet ordre, le plus souvent). De cela, je n’ai rien décidé ; j’ai très peu choisi, juste accueilli. En fait, j’ai vécu ce que vit toute personne créative : submersion par le flux créateur, réceptivité, impression d’apaisement voire de félicité ensuite. L’esprit est là, il s’exprime, vous êtes son instrument. Et puis, bien sûr, il y a la phase de travail, car ce n’est pas une simple dictée. Des tas de gens vivent ce genre d’expérience avec des colorations variables. C’est en tout cas un moment fort qui procure le sentiment d’être extraordinairement vivant.
KC : Parlons de quelques une des chansons de l’album. La description sur le livret du premier titre dit : « Ur lligh chant exaltant la transcendance de tamazight, la berbère en tant qu’archétype de la sagesse, » Une ode à la femme kabyle, à notre culture ?
N.A.M IKNI : Tamazight représente, bien au-delà de la femme concrète et de la culture que l’on sait, une dimension intérieure de l’être, dimension essentielle s’il en est. Tamazight est la Matrice, la racine profondément enfoncée dans le sol nourricier de notre âme africaine. Elle symbolise le Féminin des origines. C’est pourquoi, sa manifestation fait chanter les cœurs et vibrer les esprits.
KC : Tizerzert tawahchit un autre titre est une incursion dans le profane, l’amour, le désir une métaphore sur la relation Femme – Homme kabyle ?
N.A.M IKNI : Il est possible de l’interpréter ainsi. Le sens que je privilégie est celui de l’interaction intérieure toujours problématique entre l’ego et l’âme. L’ego veut s’approprier les trésors de l’inconscient, mû par l’avidité, mais l’âme ne se laisse pas capturer facilement.
KC : L’âme serait elle cet inconscient ? Est-elle si différente de l’ego ? Nadia At Mansur précisez moi aussi si là, c’est la psychanalyste qui répond ou la soufie ?
N.A.M IKNI :L’inconscient, sous la plume de Jung, est tout ce dont on n’est pas conscient, au sens très large. L’âme est un aspect de l’inconscient qui en comprend beaucoup d’autres. La gazelle de la chanson est l’âme lumineuse, élevée, expression de l’Amour. J’ai employé en contraste le terme d’ ego dans son acception négative d’égocentrisme, de cupidité. J’aurais pu employer les termes d’"esprit" pour la gazelle et d’"âme inférieure" pour son prédateur. Les mots sont bien utiles, cependant leur usage devient inconfortable dès lors que l’on a affaire au monde intérieur et à l’Inconnaissable. Ils sont alors volontiers des voiles revêtus par notre ignorance.
KC : L’album s’enchaine comme un chemin initiatique depuis la révélation ur lligh à l’accomplissement ala adghagh (rejoindre le seigneur) en passant par la connaissance de soi. Vois êtes d’accord ?
N.A.M IKNI :On peut le considérer de cette manière, bien qu’il n’ait ps été intentionnellement construit à cet effet. La connaissance de soi est de fait le pilier de toute avancée personnelle, quelle que soit la voie suivie. Les étapes, leur nombre, leurs qualités, varient grandement en fonction des individualités. Ur lligh exalte la transcendance au-delà des opposés ; Ala adghagh me touche beaucoup, car elle aborde la mort.
KC :Sur l’album il y a votre voix et celle de Malika Ouahes qui intervient en contrepoint ou en soutien, c’est elle qui vous accompagne à la guitare. Une complicité et une complémentarité évidentes sur l’album
N.A.M IKNI :Malika Ouahès est ma sœur aînée. Nous sommes reliées par une connivence profonde. Depuis toutes petites, nous chantons ensemble. Malika est une artiste que je qualifierais de « complète » : elle joue de plusieurs instruments, écrit, compose, chante, danse, le tout remarquablement. Elle a produit un premier disque fort talentueux intitulé « Chants traditionnels de Kabylie ».
KC : Chants soufis de Kabylie est il autoproduit ?
N.A.M IKNI :Oui
KC : Nadia At Mansur Ikni, cet album est il aussi un engagement culturel pour tamazight ?
N.A.M IKNI : Cet album est un petit bouquet de fleurs déposé aux pieds de ma Mère africaine, Tamazight. Une offrande. Mais en vérité, c’est elle qui s’est offert des fleurs. Car il est plus juste d’avouer que c’est elle qui a choisi de chanter. Sans doute aura-t-elle désiré sentir un peu de son propre parfum.
KC : Envisagez-vous un autre album ?
N.A.M IKNI :une bonne trentaine de chansons sont nées en quelques mois, il y a 6 ou 7 ans déjà. Neuf ont été enregistrées, j’en ai chanté quelques autres en public. Je projette de fixer le reste des chansons sur disque un jour, dans le futur...
KC : Enfin Nadia At Mansur Ikni, un dicton kabyle préféré ou une phrase qui vous définit bien ?
N.A.M IKNI : Dicton kabyle préféré, « Lhila i ixeznen tament, ay ts iselghen d nniyya ». [traduction : « Le pot contenant le miel est scellé par la pureté »
Voici des liens pour en savoir plus sur l’artiste ou écouter des extraits
http://tizihibel.free.fr/article.ph... article et extraits
http://www.cgjung.net/publications/... Le livre
http://www.youtube.com/watch?v=r1XA... un titre complet en écoute
Les titres de l’album :
Ur lligh, je ne suis pas
A k Cekkregh ; Louanges à Toi
Ul inu d ameksa, Mon coeur est un berger
Urjigh, L’attente
Rebbi fella d assas, Le seigneur est notre gardien
Ddunit a tarju Le monde peut bien attendre
Tizerzert tawehcit La gazelle sauvage
Subbegh Je suis descendue
Ala adghagh, Rien qu’une pierre
FERRATUS
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