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Reportage.

La tournée d’Oulahlou, du son, du sens et du Soleil.

dimanche 27 mai 2007, par BOUKHELIFA zahir

Croix d’Chav huit heures du mat, dans son gilet jaune un employé nettoie la chaussée à grande eau. Le spectacle des gouttes d’eau s’écrasant sur la devanture d’un magasin, au rideau de fer fermé à cette heure si matinale, est plaisant. Les reflets scintillants des rayons du soleil confèrent à la scène un air surréaliste. Au travers d’une vitre, le client d’un café entoure de ses deux paumes une grande tasse fumante de café. Sous son béret, un autre attablé devant une tasse de thé essaye de tirer plus de goût qu’il puisse en donner à un Tetlley citron en sachet. Il s’exclama : « en Europe tout est faux, même le thé ».

Le temps d’un bref retard habituel, Oulahlou prendra la route du sud pour une brève tournée sur la rive nord de la Méditerranée. Tournée qui l’emmènera de Montpellier à Marseille.

Méditerranée nous voilà. Après un égarement entre la A6 et la A10 qui a valu à l’expédition deux bonnes heures de retard sur l’horaire prévu. Un passage obligé par Bordeaux pour rejoindre Montpellier. Pour l’anecdote, comme pour tout seigneur son honneur, à chaque faute un fautif : cette fois-ci ça sera celle du copilote assis à l’arrière de la voiture.

A mesure que les terres du sud s’approchent, des senteurs, des sensations et des images submergent les yeux et la tête. Des maisons de couleur ocre aux tuiles rouges sur les bords de l’autoroute et des rochers gris dénudés surplombants des forêts de sapins. Puis comme dans une mise en scène presque cinématographique, du jaune et du vert sur les bords, du mimosa partout, le printemps resplendit aux couleurs de la Kabylie.

Montpellier capitale de l’Occitanie, enfin un pied à terre. Le concert de ce soir programmé vers 19H30 s’annonce difficile pour Oulahlou. Avec 1200 kms de bitumes avalés d’un trait pour arriver à bon port et un peu moins d’une heure pour récupérer, le pari n’est pas gagné d’avance. C’est sans compter sur l’hospitalité des membres de l’association « Identité et Partage » à leur tête son Président Nadir Betrache. Ce quinquagénaire a délaissé, pour un moment, son laboratoire au CNRS pour organiser cet événement.
Le hall de la maison des associations ne tarde pas à prendre des allures de fontaine de Kabylie. Des femmes et des jeunes filles en robe traditionnelles aux couleurs chatoyantes attendent devant l’entrée de la salle.

Le temps de régler sa guitare et de griffonner le programme de la soirée sur un papier, le voilà sur scène. Des youyous fusent dans un tonnerre d’applaudissement. D’entrée, pour contenir l’enthousiasme et communier avec ce formidable public Oulahlou entonne « Ussan-d Yifniqan ». Dés le premier couplet, le refrain est repris par la foule. Quel bonheur, la fatigue qui se lisait sur le visage de l’artiste au début a laissé place à une mine réjouie. C’est bien le sud, c’est bien la fête. Comme si chacun des membres de l’assistance, jusqu’à cette vielle femme de 94 ans, transmet un peu de son énergie à celui qui sur scène, retrouve du punch au fil des chansons.
« Itacbah la Kabylie » les drapeaux Amazigh agités dans la foule, sont maintenant brandis comme dans une vraie levée des couleurs. La cité de Bosson, a vibré pendant plus de deux heures, sous les cordes vocales et celle de la guitare de celui qui est en passe de devenir le Hendrix Kabyle.
Malgré la fatigue, à la fin du concert, il trouve la force de rester discuter, signer des autographes et se faire photographier par les funs. Vers minuit, direction le centre ville de Montpellier, pour passer la nuit. Le rideau tombe sur la première journée à l’hôtel, comme d’autres tomberont de sommeil.

Lendemain matin, un petit tour dans le centre ville de Montpellier s’impose. Devant la gare du Tramway, la cause évidente de cette soudaine envie de flânerie se dresse imposante devant, au milieu de la place. Une fontaine publique avec plusieurs jets d’eau disposés en cercle, fait office de monument au milieu des terrasses de café nombreuses. Oulahlou est amoureux des fontaines, tiliwa. Si ailleurs il s’efforçait de taper la pose devant l’appareil, là il revendique sa photo.

Trois heures après, Marseille est en vue à l’horizon. Dans le quinzième arrondissement, qui n’a rien à voir avec celui de Paris, dimanche c’est jour de marché. La chaleur, le marché, le Marseille populaire, si ce n’est pas Bouzeguene jour de marché, ça en a tout l’air.

Oulahlou prend la direction de radio Gazelle pour la promotion de son spectacle. Se séparer pour mieux se retrouver quelques heures plus tard.
Même artiste même rituel, griffonnage du programme quelques accords et le revoilà sur scène.
Test de voix avec une introduction aca pella ‘Ussan-d Yafniqan’, l’organe vocale est intact, le public encore plus. C’est reparti pour deux autres heures de spectacle. Jusqu’à tard dans la nuit étoilée de Marseille, le spectacle réunira tous les âges dans une parfaite joie de se retrouver. Des enfants, des jeunes garçons et filles, des personnes âgées sont réunis dans une ambiance festive semblable à celle des villages.
Solitaire, sur cette scène qu’il apprivoise de sa guitare et de son chant. Doucement mais sûrement il édifie son style, sans artifice ni flonflon. L’argile et l’eau sont à la poterie, ce que sont le chant et la musique à l’art d’Oulahlou.

Après la signature d’autographes et un échange avec les funs, direction l’hôtel pour certains.
Le front de mer pour les autres. C’est juré cette Méditerranée devant, sur l’autre trottoir n’aura pas ce qu’elle espère. Quelques photos arrachées, retour sur la terrasse. Agerakal je garde mes larmes.

Le lendemain nous quittons le sud qui à son tour est quitté par le soleil. Nous rentrons sur Lyon sous des pluies torrentielles, les trouvailles sont reportées pour les retrouvailles sous un ciel plus gai. Après Lyon capitale de la Gaule, Paris ne sera qu’une question de temps, comme le sera sans doute le prochain concert d’Oulahlou à Lyon.

Reportage de Boukhelifa Zahir

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