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Asif N Tudart : Complaintes langoureuses…

mercredi 9 mai 2007, par Moh. K

En tournée, s’étant déjà produit à Tizi-Ouzou, Bgayet et Bouira, le rossignol Farid Ferragui revient avec un 20 ème album qui fait tabac, disponible en Algérie et en France.

Quel est donc ce pouvoir suprême qu’exercent les odes lugubres de Farid Ferragui jusqu’à tenir l’auditoire hors d’haleine ? Jusqu’à lui arracher des larmes. Y aurait-il une communion de ces larmoiements discrets qui en disent long ? Mélancolique, Farid ? Ou plutôt perfectionniste ?
A l’évidence, un talent d’architecte des vers et des airs se tient à cette audience : celui qu’il faut pour accomplir toutes les exigences d’un registre musical bien laborieux.

Les inconditionnels de Farid Ferragui ont ceci de particulier qu’ils semblent adhérer à une symbiose éplorée dont seul l’artiste a le secret. Des notes irrésistibles, bruissements affligeants du luth, des mots ravageurs et une voix grave, cajoleuse à souhait ; le tout composé aux mélodies rêveuses. Et nous voilà enveloppés de sensations plurielles qui se disputent notre imaginaire. Les flux d’images qui s’y défilent nous entraînent vers des territoires d’ordinaire inaccessibles.

Dans une ère où la facilité est peu ou prou maîtresse de l’art, Farid Ferrragui, épris de liberté et du chant éternel, colore le monde artistique d’utopies, d’une philosophie invincible mais surtout d’une certaine alchimie de l’amour.
Son dernier album, tout son répertoire d’ailleurs, a tout d’un paradoxe : il nous transporte, poings liés, aux espaces perdus d’une jeunesse leurrée, aux sentiments édéniques. On part, livrés à la dévotion du cœur roi, à la visite des rêves saccadés. On y épuise de tas de raisons de désespérer, mais on en revient engloutis : que de soifs non étanchées, de blessures rouvertes. Avant qu’une lueur discrète ne vienne flairer des espoirs nouveaux. Pour autant « les attaques du temps ont-elles usé le roche [1] » ? Le poète nous conjure à ne plus l’écouter, il nous demande grâce d’abandonner ses « vers insensés, vidés même de leur essence ». Qu’a-t-il donc pris le barde à oser telle sollicitation ? Où veut –il en venir ?
Comment démystifier cette emblématique exhortation ? Que l’on écoute et les doutes s’effondrent : ses histoires douloureuses nous offrent, en retour, que de la vie en musique pour mieux l’aimer malgré sa cruauté et ses souffrances. Il le prouve une fois encore à travers les six chansons de son opus «  le fleuve de ma vie ».
Un album en forme d’un sourire larmoyant à la vie, teinté d’humanisme, exceptionnel par ses airs, clamant éternellement une inébranlable envie de vivre. Et d’aimer.

Des compositions plaintives qui traduisent ce flux violent, impétueux, qui a traversé l’artiste. « Une blessure intense » jusqu’ à envenimer un vécu peu enviable, qui date de la naissance. Qu’est ce alors cette secousse tellurique tant redoutée, dont les fidèles au poète s’y reconnaissent, qui a fait du corps atteint son épicentre ?
Ecoutons Farid. Et voilà que la profondeur du verbe libère les âmes prisonnières. Des mélodies meurtrissantes par moment. Le luth est martyrisé. A des rythmes fort rigoureux, il s’est comme mis à gémir. A recouler. La voix disait le désir violent d’en découdre avec «  la malédiction » du départ ; l’errance irréversible, salvatrice, sous des cieux cléments, mais surtout le retour vers la demeure de naissance.
Et au périmètre clos du cimetière « frappé par le sceau de l’oubli ». «  Le cimetière oublié » ou ce rêve tantôt effervescent tantôt exaltant, aux allures d’un voyage transcendant. A en méditer les scènes funèbres, une envie nous oblige : arrêter le temps. Visiter, revisiter notre existence en haut et en large. Anticiper les contrecoups à la perte de nos parts irremplaçables, pour mieux saisir leur valeur ici-bas. Farid, dans ce requiem à l’absent, réussi à en sculpter une fresque sous forme d’un parcours- mémoire, lieux symboles, tissant une trame saisissante sur fond d’événements en hommage au cortège. La dépouille renvoie à d’indéfinissables images qui ressurgissent : la fontaine séculaire du village, les traces de l’enfance, les compagnons d’une vie qui n’aura été qu’un « décor ». La traversé de longues saisons suffocantes prendra des couleurs mirifiques en s’y avançant.
C’est l’épilogue proche : la mauvaise vie s’estampe. La maison natale, séquence symbolique du rêve intime, traduit l’ultime retour sur les chemins sinueux, pour finir au « cimetière vite réhabilité ». La mort fini- t- elle par réhabiliter nos dernières demeures en s’abatant ?

Le « fleuve » des mots

Plus que par la force des mots, Ferragui en poète consommé fait recours à l’allégorie percutante comme pour noircir le tableau nostalgique, douleur imagée, on ne peut plus neurasthénique. Le procédé est le même : des offrandes à l’amour impossible. A cet amour ravageur qui a « percé la chair ». Dont les épaules, secouées, résistent mal aux affres du tourment, fardeau- caprice d’une histoire qui n’en finit point. Amour- sentence qui «  grandit dans les coulisses » trahissant le temps, bravant l’ordre de l’âge. Dans un interminable dialogue avec l’ombre d’un amour disparu, l’haletante attente est suspendue à la délivrance : voir exhausser une merveille. La revoir. « Se réveiller ». Renaître. Comme si cet amour lointain s’invite jusque dans les recoins présents. Ombre d’une vie qui ne s’est pas remise du coup du « premier jour ». En sus de l’ultime condamnation : l’on ne finit jamais d’exhumer « l’amour fécond ». Finira –t-on par enterrer celle à qui l’on a prêtée « le plus beau des noms » ?

Réécoutons Farid. « Jure-le moi par ce monde pathétique, plein de mystères / Jure-moi par ces senties scabreux … / Ca suffit ô mon cœur , d’amour ne me parle plus, il m’a livré à l’ouragan ». Charges des mots et de leurs sonorités à réveiller la mémoire embourbée. Les mots vous traînent, et vous êtes obligés de suivre. Avec Farid, la course intime peut s’avérer longue pour que vous commenciez à être déroutés par une multitude de chemins, sinueux et glissants, qui se bifurquent.
Enfin de parcours, on finit par enrêner les mots rétifs du rossignol ; dociles, ils nous tendent volontiers le cou pour leur attribuer des fonctions particulières et féeriques, à la manière d’un discours avec soi, pour raviver les flammes d’une sombre traversée chaotique. Sous l’effet des pincements des cordes de son instrument fétiche, de bout en bout, nos angoisses finissent par s’effriter. On allume des bougies en hommage à notre tribut ici-bas. On épouse irrésistiblement son monde avant de s’engouffrer dans un univers tourbillonnant. Amères et douces, ses paroles, confidences douloureuses, rendent prisonnier –par un ascendant thérapeutique - l’auditoire d’entrée désarmé face aux rimes hypnotisantes. Souveraines de leur dessin, elles attisent nos soifs de partir plus loin. Vers des pérégrinations clémentes : s’évader pour mieux revivre. Une vie. Une autre

Dans son dernier album, vingtième d’une carrière atypique, Farid Ferragui aborde de surcroît une thématique variée aux contours philosophiques, à l’exemple de « chaque troupeau a son berger ».
L’union, la solidarité, y sont invoquées avec la même vigueur, de mise voici presque trente ans. Et une interrogation habillement travaillée sur la destinée macabre réservée à la patrie.
L’artiste y réitère son maladif attachement à l’oralité du terroir, salutaire rempart face à la mondialisation envahissante. Tout en soutirant au luth autant de plaintes, des aveux et des rêves…Un chef d’œuvre !

Moh. K



Asif N Tudart est disponible dans tous les points de vente habituels (FNAC, VIRGIN...).

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Ecoutez des extraits de l’album

wimpybouton "Ggal arrar-d-kemmini"
wimpybouton "Awi’ zran udmim"
wimpybouton "Azz-ed a y-igenni"
wimpybouton "Sanda tt-bwin"
wimpybouton "Timeqbart ittun"
wimpybouton "Kecc t-nnulfard-d"


L’album contient un livret de 8 pages avec les traductions poétiques des oeuvres en français réalisées par Hamid Boulahrik.

Notes

[1] Les traductions de Hamid BOULAHRIK des textes de Farid Ferragui ont été délibérément reprises.

9 Messages de forum

  • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 10 mai 2007 23:38, par tanina

    Tanmirt-ik à Moh.K pour cet article qui nous laisse sans voix. Il n’y a rien à rajouter..Sauf biensûr pour dire tanmirt i Farid Ferragui pour ce bonheur qui nous procure à chaque fois. Un grand artiste talentieux et un homme modeste.

    J’ai écouté son dernier album, waow, c’est un vrai régal pour...les oreilles mais combien dur pour le coeur !! de très belles mélodies, des textes "no comments" et une voix qui porte, une voix touchante qui, qd on l’écoute on a l’impression de faire un jeu de manège tourbillonnant avec des émotions et des battements de coeur...

    Encore une fois merci et bonne continuation

    J’espere qu’on vous verra très bientôt sur scène à Paris

    Ar tufat

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    • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 11 mai 2007 16:16, par tudurt

      oui un grand artiste avec son el aoud et surtout lorsquil imite farid el aatrach waw bahibek.

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      • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 14 mai 2007 09:26, par tanina

        heureusement le ridicule ne tue pas !!!

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      • je suis une fille de 28ans j’écoute farid ferragui depuis ses debuts ,j’adore ses chansons comme des millies de ses fans,il chante en kabyle , il a un style à lui ,il a chanté l’amour multidimentionel:l’amour d’une femme, des parents ,de la patrie ’thagmast grace à lui je suis réstée kabyle et fidéle à nos valeurs et à nos principes ;j’ai méme donné à mes enfants des prénoms bérbéres:koceila et thanina aprés avoir ecouter sa chanson :ferhi semi"isseme sougzar t’jadith".farid ferragui incontestablement,reste l’artiste le plus propre et l’un des piliers de la chanson kabyle , un vrai et pas du "fabriqué".le terrain le démontre ,chaque gala et où il chante c’est toujours de l’archi-comble,farid est dans les coeurs des kabyles comme vous le savez on ne danse pas avec lui mais on l’écoute religieusement !!!!alors toi que j’ai surnommé "le virus de l’internet" ,arrête de le critiquer car ça devient une obcession,une jalousie maladive.à chaque fois qu’il ya un écrit sur farid ferragui tu es là pour répéter ta connerie habituelle que soit-disant il imite le chanteur égyptien farid el-attrache.farid ferragui porte sa kabylité haut et fort "dhamazigh ,dhemis boudrar"nous vénérons farid ferragui et réstera notre idole comme farid el-atrache réstera aux siens .

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  • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 11 mai 2007 16:18, par farid el aatrach

    matoub chante iness a yafrouhk iwhadad a bawal achna lakvayel anda aka imal inessen a yafroukh.

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    • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 14 mai 2007 09:26, par tanina

      La chanson de Matoub (at yarhem Rebbi ) que j’adore est ta3kkemt n’tegrawla.

      Leqvayel si zzman akka

      ditegmatt-i -deg i ttughen

      Ac’hal n yergazen at ssfa

      Nesghim-asen-d-nekkes-iten.......

      yegguma agh-yeffegh yissid

      Nef’hem ized’gh-agh-wadu .......

      Nettrebi aufd itismin

      Gar-anegh argaz mid’ivan

      ad nexleq deg-s-amqennin....

      A bon entendeur !!!!

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  • Asif N Tudart : Complaintes langoureuses… 12 mai 2007 00:38, par Tikti

    Gumagh adfehmegh ayen Farid icenu amzun win yetrun.
    afenan ilaq idicicveh usen bwin isismehsisen.
    Farid bwezaf yehzen, ilaq adifreh kra.
    dunit macci siwa dimeti, ila dyes atas bwayen isefrahen.
    Aqvayli icedha elfarh axatar izga dimenghi.

    tanmirt aked artufat awid ihemel wuliw.

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  • merçi encore pour cette album à l’ancienne(darbouka bendir).
    à un moment, ou les arrangement ont completement pris le dessus sur le chant,
    c’est du farid ferragui sois on aime sois on aime ; c’est son style ; depuis qu’il a commence tout jeune il, n’a pas changé d’un iota et c’est tout a son honneur.cependant pour les mauvaises langues, il ya toujours chtih rdih avec massa Bouchaffa .
    Bravo encore pour ces Belles chansons (egyptiennes !!!!!)

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