jeudi 25 mai 2006
Le forum contre toutes les discriminations au travail s’est tenu samedi 20 Mai au Centre Social CAF de Longwy Haut, et s’est déroulé dans une ambiance de travail, de réflexion et de confrontations d’idées tout à fait remarquable.
Pascal Tisserant, chercheur en psychosociologie à l’Université de Metz avait ouvert les débats en présentant quelques travaux en lien avec les travaux d’évaluation de la discrimination récemment réalisés, et ayant conclu à la mise en évidence de la discrimination à l’emploi à l’encontre de certaines catégories de personnes, et notamment celles souffrant d’un handicap, les femmes et les personnes repérées comme issues de l’immigration.
Un tel forum, visant à permettre de débattre sur un thème aussi difficile que celui des discriminations, vécues par les uns, démenties par les autres, questionnées par les parcours et les analyses, était un challenge non négligeable. En effet, cette question des discriminations interroge non seulement la réalité du présent de certains, dans leur recherche actuelle d’emploi et d’ insertion professionnelle, mais aussi le ressenti quotidien, liés aux parcours de vie, à l’histoire familiale ou à l’Histoire tout court.
Ainsi, les difficultés des personnes en situation de handicap , psychique, mais aussi physique, et homosexuelles ont parfaitement été exposées par Stéphane VOINSON, de Espoir 54, Marie-Anne DESSAUX de l’association LesBienNées, et Eric Chenut de la MGEN. Il a été rappelé qu’ il s’agit en effet pour ces personnes, non seulement d’accéder à l’emploi, mais aussi de s’y inscrire durablement et dignement, malgré des différences pas toujours visibles, mais aliénantes car souvent intériorisées comme des données tabous, n’ayant pas leur place dans l’espace public . Il s’agit, selon les intervenants de faire valoir, quand cela est possible auprès d’éventuels employeurs, cette différence, comme une affirmation nécessaire et conforme à l’identité des individus et porteuse de richesse et de lien social dans l’entreprise, celle-ci s’affichant comme le reflet de la diversité de notre Société dans son ensemble.
Cette diversité dans l’entreprise, miroir de la diversité de la France d’aujourd’hui et de demain, avait par ailleurs été largement évoquée lors de la diffusion du film, la veille au cinéma UTOPOLIS, Le Plafond de Verre - Les défricheurs, de Yamina Bengugui, dont le film avait pour but de montrer les aspects invisibles et pernicieux de la discrimination dont souffrent les personnes issues de l’immigration, dans leur recherche de travail. A titre d’illustration, Michel Zazasindski a pu rapporter son expérience d’enseignant à l’IUT de Longwy, quant à la difficulté des étudiants, noirs ou issus de l’immigration, à décrocher les stages en entreprises, indispensables à la validation de leurs formations.
Une jeune femme a également rapporté ses grandes difficultés à trouver un stage pendant ses études, compte tenu de ce qu’elle était une femme dans une filière réputée masculine. Les difficultés rencontrées par les femmes dans l’accession au travail et à l’autonomie a ensuite été traitée par Zohra Tared, professeur d’Histoire, sous l’angle du parcours des femmes issues de l’immigration nord africaine.
Si la conciliation des points de vue demeure encore peu évidente, entre la logique portée par les représentants syndicaux et celle défendue par les responsables d’entreprise, Albert Falcetta , Robert Giovanardi, et Marie-Hélène Colaïacovo ont souhaité faire état de leur constat quant aux difficultés et inégalités de traitement vécues par les représentants syndicaux dans leur rôle de défense des intérêts des salariés. Quant à Alaoua Nédjaï, chef d’une entreprise spécialisée dans le recrutement, il s’est efforcé de présenter une approche assez nouvelle, de management de la diversité dans l’entreprise, tirée de son expérience aux plus hauts niveaux de grands groupes internationaux, et de son parcours de fils d’immigré ayant gravi l’ « ascenseur social » malgré la réalité des préjugés dont il a été témoin ou victime au long de sa carrière.
La conclusion des débats, réalisée par Michel Savy, professeur à l’Ecole des Ponts et Chaussées de Paris, membre de la LDH et par Hossain Bendahman Docteur en Psychologie, Psychanalyste, a rendu hommage à cette mobilisation des organisateurs, de leurs partenaires, à la richesse des débats et des réflexions proposées par les intervenants et le public. Leurs propos ont également rendu compte de la complexité des parcours des rencontres, des parcours, de l’Histoire du bassin de Longwy et de l’Histoire tout court, nécessitant de mettre en avant ces difficultés souvent tues, que sont les discriminations faites à ceux considérés comme plus fragiles ou moins bien armés de nos concitoyens.
D’ores et déjà, cette journée a rendu compte de la nécessité de poursuivre, d’amplifier cette expérience, en vue d’élargir les espaces, les temps de parole quant à ce type de sujets forts, tels que la discrimination, le racisme, et les moyens et les postures à adopter pour contrer efficacement.
Les modalités visant à poursuivre ce travail de réflexion et d’action reste à fixer, ensemble à Longwy, en mobilisant l’ensemble des structures et personnes soucieuses de donner un contenu à ces valeurs essentielles que sont la solidarité et l’égalité.
L’objectif étant de faire progresser ensemble tous les habitants du bassin de Longwy, dans le respect des différences et de la diversité qui est la sienne, à l’image du poème lu en ouverture par Salh Amzil, du repas et de la soirée festive ayant clôt, en musique, cette journée particulière ; à renouveler…
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