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S’entretenir avec Lounis Aït- Menguellet n’est pas chose aisée, dès lors que la première contrainte qui surgit est que le temps demeurera, toujours, insuffisant pour débattre avec lui de différents volets. Aussi, paradoxal que cela puisse paraître, l’impression que notre oeuvre sera inachevée s’impose à notre esprit avant même de l’avoir commencée. C’est dire que traiter de Lounis Aït-Menguellet est un exercice difficile.
Il est plus aisé de parler d’Aït- Menguellet que de le faire parler…
C’est bien possible pour la simple raison que tout ce que j’ai à dire je le fais en chantant mes textes. Partant de ce point, tout le reste me paraît superflu. Ace sujet, il m’a toujours paru stérile d’en rajouter quand la chanson est terminée. Même si vous êtes auteur, chanteur compositeur, nous tendons beaucoup plus à vous classer parmi les hommes de culture que parmi les artistes.
D’après vous à quoi est due cette décantation ?
Je ne pense pas que ce soit à moi d’expliquer cela. En toute honnêteté, je soumets à un public un travail que je réalise et c’est à lui seul de le classer où bon lui semble. Donc, ce n’est pas à moi de faire ce travail de classification. Généralement, le chanteur chante ce que veut écouter le public.
Pour votre cas, le public attend ce que vous allez produire de nouveau ? Cela veut-il dire que la force d’un texte poétique donne à une chanson une dimension autre qui est la sienne ?
Je n’en sais rien, mais si j’avais été obligé de suivre simplement des phénomènes de mode, je n’aurais probablement pas été intéressé par une carrière de chanteur. Je chante ce que je pense au plus profond de mon être, sans souci de plaire ou de déplaire. Les chanteurs qui prévoient le succès de leurs chansons m’ont toujours épaté. Je ne peux qu’être en «admiration» devant leur assurance. Je n’ai, pour ma part, jamais pu prévoir le succès d’une de mes chansons. On dit souvent que la chanson engagée à une connotation beaucoup plus politique.
Toutefois, la vôtre est d’essence beaucoup plus philosophique et quand il s’agit de politique elle n’est pas restreinte au plan local, dans la mesure qu’elle concerne aussi l’international. S’agit-il d’une évolution que vous avez donnée à vos textes ou c’est le contexte actuel qui fait que les problèmes internes découlent de la mondialisation ?
J’appréhende les choses avec beaucoup plus de simplicité. Par exemple, en décrivant, dans une chanson, le fonctionnement d’un village en tant que microcosme social, les gens, qui écouteraient cette chanson, n’hésiteraient pas à étendre leur interprétation à l’échelle du pays et même, pour certains aspects, au monde, et ce, pour la bonne raison que le village initial fait partie aussi bien d’un pays que du monde. Que se soit en Algérie, en Amérique, au Japon, en Chine ou partout ailleurs, le dénominateur commun est l’être humain. Tout le reste n’est qu’accessoire. Parler de la mondialisation, oui pourquoi pas ? Mais, il y a lieu de savoir que cette globalisation est faite dans ce sens, dans le mesure que tout ce qui se fait est l’apanage de l’être humain et la réaction de ce dernier est la même partout, c’est-à-dire une réaction universelle. Vous aviez choisi le registre de la chanson engagée au moment où les libertés étaient confisquées.
Aviez-vous évalué votre choix avant de vous lancer dans cette voie ?
Pas du tout. Le passage de la chanson d’amour à la chanson dite engagée s’est effectué d’une façon naturelle, c’est-àdire que cela n’a pas été fait d’une façon calculée. Aun certain moment de ma carrière, il y avait des textes qui me venaient et que je chantais parce qu’ils correspondaient à la vision que j’avais de la vie. Je ne m’intéressais pas aux autres phénomènes de société et je vivais ma petite vie. En plus, il ne faut pas oublier que j’ai commencé tôt la chanson, à l’âge de 16 ans. A l’âge où j’ai commencé à chanter, c’est-à-dire à 17 ans, j’avais d’autres préoccupations et d’autres sources d’inspiration. Néanmoins, au fur et à mesure que j’avançais dans ma carrière, je me sentais confronté à d’autres phénomènes. Donc, j’étais obligé d’en tenir compte. Mais je ne me suis pas dit : «J’arrête la chanson d’amour, car il y a des problèmes assez graves.» Peut-être je me suis dit : «Il y a ce tas de problèmes qui m’empêche d’aimer tranquillement.» Puis, on découvre les anomalies et ce qui ne tourne pas rond au sein de la société. On commence, alors, à se poser des questions sur le fonctionnement social et pourquoi c’est ainsi. C’est comme cela que j’ai commencé à poser de telles questions à coup de poèmes mais sans apporter des éléments de réponses. D’ailleurs, je n’en ai jamais avancé une quelconque réponse. Pour revenir à votre question, le basculement vers la chanson engagée s’est fait d’une façon somme toute naturelle, parce que j’ai été confronté à de nouvelles données. Donc, les motivations, qui ont poussé un jeune chanteur révélé par l’émission «Les chanteurs de demain» de bifurquer vers la chanson politique après avoir chanté l’amour, découlent de l’influence qu’avait l’environnement social sur vous… Effectivement. Il me semble qu’il est tout à fait logique d’avoir des préoccupations spécifiques à la tranche d’âge 16-20 ans et d’en avoir d’autres à l’âge de 30 ans. Dans ce sens, le changement de préoccupations interpelle, inéluctablement, un changement de registre de chanson comme je l’ai expliqué auparavant.
Peut-on alors considérer que la chanson politique est une chanson d’amour dès lors qu’on ne peut s’y engager si l’on n’est pas amoureux des libertés ?
Vous avez bien établi le parallèle. En effet, j’étais tellement amoureux des libertés que cela ne nécessitât même pas la peine pour que je prenne une décision pour m’engager dans la chanson politique. C’était tout à fait naturel. Parce que décider, cela suppose qu’il y avait eu une mûre réflexion, des hésitations et tout ce qui s’ensuit. En ce qui me concerne, la question ne m’a même pas effleuré. J’ai constaté des barrières et des entraves à ces libertés, je ne pouvais, dès lors, que les dénoncer, parce que je les trouvais inacceptables. Pour l’amoureux des libertés, c’est un passage à emprunter obligatoirement sans qu’il n’y soit forcé.
Concernant vos textes, laissez-vous libre cours à votre inspiration ou la bridez-vous pour des raisons d’esthétique de l’oeuvre ?
Non, je ne bride jamais mon inspiration même pour des raisons purement esthétiques. Parce que, pour mon cas, le texte vient tout seul et souvent je ne change aucun mot. D’ailleurs, il m’est arrivé d’écrire une chanson sans qu’il y ait une seule rature. Cela vient tout seul et c’est pour cela que je n’aime guère trop porter des correctifs à mes textes. Je me dis que cela vient d’une façon si naturelle que je m’interdis d’y intervenir. Donc, c’est pour cela que j’évite ce genre de correction ou de censure.
Entretien réalisé Mohamed-Cherif Drifi
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11 janvier 2008 14h30
3 Janvier 2009 Ã partir de 20h
Sani ttheddud ay adar ? s azar
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On recherche les siens.
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